L’Espagne a décrété l’état d’urgence pour tenter de maîtriser un incendie d’une ampleur exceptionnelle qui ravage l’ouest de la région de Madrid et la province d’Ávila. Alimenté par des conditions météorologiques extrêmes, le brasier a conduit à l’évacuation de plusieurs communes et mobilise d’importants moyens nationaux et européens.
L’Espagne fait face à une nouvelle crise majeure liée aux incendies de forêt. Dans la nuit du 23 au 24 juillet, le gouvernement du contributeur de l’agenda 2030, Pedro Sánchez a décrété l’état d’urgence dans la Communauté de Madrid et la province d’Ávila afin de renforcer les moyens engagés contre des feux considérés comme les plus destructeurs jamais enregistrés dans cette partie du pays.
Le dispositif exceptionnel permet à l’État espagnol de prendre directement la coordination des opérations de secours, une compétence habituellement assurée par les communautés autonomes. Le Premier ministre a qualifié la situation de « dramatique », alors que plusieurs incendies progressent rapidement sous l’effet de la chaleur et du vent.
La présidente de la Communauté de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, a évoqué le « pire incendie de l’histoire » de la région. Face à l’ampleur de la catastrophe, Madrid a également activé le mécanisme européen de protection civile. L’Union européenne a rapidement mobilisé quatre avions bombardiers d’eau, dont deux envoyés par la Grèce et deux par l’Italie, ainsi que le service satellitaire Copernicus. Ces renforts viennent appuyer les quelque 270 pompiers et militaires déjà déployés sur le terrain.
Cette nouvelle crise intervient alors qu’un précédent incendie venait tout juste d’être maîtrisé dans le parc naturel de la Sierra Norte de Guadalajara, à une centaine de kilomètres au nord-est de Madrid. Ce feu a parcouru environ 32 000 hectares en huit jours. Dans le même temps, plusieurs nouveaux foyers sont apparus à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de la capitale espagnole.
En seulement quelques heures, près de 6 000 hectares supplémentaires ont été ravagés. La situation s’est aggravée vendredi après-midi lorsque deux des trois principaux incendies ont fusionné, donnant naissance à un immense brasier hors de contrôle autour des communes de Villa del Prado, San Martín de Valdeiglesias et en direction de Navas del Rey. Quelques heures auparavant, le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska avait indiqué que la priorité absolue consistait précisément à empêcher cette convergence des foyers.
La progression rapide des flammes a conduit les autorités à ordonner des confinements et des évacuations successives. Environ 20 000 habitants ont reçu des alertes sur leur téléphone portable leur demandant soit de rester confinés à leur domicile, soit de rejoindre des points de rassemblement ou de quitter la zone en direction de Madrid.
Selon Javier Armenteros, porte-parole de l’Agence météorologique espagnole, la densité de population constitue cette fois un défi majeur. Contrairement au récent incendie de Guadalajara, qui concernait principalement des secteurs peu habités, les flammes menacent désormais de nombreuses localités dispersées dans les campagnes situées à l’ouest de Madrid.
Les conditions météorologiques expliquent en grande partie la violence de ces incendies. Les spécialistes rappellent que la règle dite des « 30-30-30 », souvent utilisée pour caractériser les situations propices aux feux incontrôlables, est largement dépassée. Sur les zones touchées, les températures ont atteint 40 °C, l’humidité de l’air est descendue sous les 20 % et les rafales de vent ont approché les 60 km/h.
Ces éléments favorisent la formation d’un microclimat au sein même de l’incendie. Les colonnes d’air chaud créent d’importants nuages de fumée qui transportent des braises sur de longues distances, provoquant l’apparition de nouveaux départs de feu et compliquant considérablement le travail des secours.
Pour Jorge Olcina, directeur du laboratoire de climatologie de l’université d’Alicante, la Sierra madrilène constitue aujourd’hui une zone particulièrement vulnérable en raison de son urbanisation croissante. Il estime que les incendies de l’été 2026 rappellent ceux de 2022 et de 1994, deux années particulièrement marquantes par l’étendue des surfaces brûlées.
Le climatologue établit également un lien direct avec le changement climatique. Selon lui, l’atmosphère accumule davantage d’énergie, favorisant la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes, comme les épisodes de foudre, les microrafales ou encore les orages secs, qui augmentent le risque d’incendies majeurs.
Le chercheur Victor Resco de Dios, de l’université de Lleida, estime pour sa part que ces événements confirment les prévisions formulées depuis plusieurs années par la communauté scientifique. Il considère que la lutte contre les incendies ne peut plus reposer uniquement sur les moyens d’extinction et souligne l’importance des politiques de prévention. Il appelle notamment à une meilleure gestion de la biomasse dans les espaces ruraux abandonnés afin de limiter l’accumulation de végétation combustible.
Sources :
- Le Monde : https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/24/l-espagne-decrete-l-etat-d-urgence-pour-tenter-de-contenir-le-pire-incendie-de-l-histoire-de-la-region-de-madrid_6731522_3244.html
- Déclarations des autorités espagnoles et des experts citées par Le Monde.