Intelligence artificielle : la Galice déploie l’IA et les satellites pour prévenir les mégafeux de forêt

Après une saison 2025 marquée par des incendies historiques, la Galice investit massivement dans l’intelligence artificielle afin d’améliorer la détection précoce des feux de forêt. Caméras intelligentes, satellites et algorithmes de reconnaissance d’images doivent permettre d’intervenir en quelques minutes seulement et de limiter la propagation des incendies.

La Galice entend changer de stratégie face aux incendies de forêt. Confrontée en 2025 à la saison la plus destructrice de son histoire récente, cette région du nord-ouest de l’Espagne mise désormais sur l’intelligence artificielle, les satellites et un vaste réseau de caméras pour détecter les départs de feu avant qu’ils ne se transforment en mégafeux.

Le gouvernement régional a présenté ce qu’il qualifie de plus important plan de prévention des incendies jamais lancé en Galice. Doté d’un budget de 213 millions d’euros, ce programme combine de nouveaux outils numériques, des moyens opérationnels renforcés et une application dédiée à la surveillance des espaces forestiers.

L’année 2025 a marqué un tournant. Plus de 118 000 hectares sont partis en fumée en Galice, une superficie supérieure à celle de la ville de Berlin. Selon les autorités régionales, ces incendies appartiennent désormais à la catégorie des « mégafeux », des sinistres capables de détruire des dizaines de milliers d’hectares en quelques jours. L’incendie de Larouco, dans la province d’Ourense, est devenu le plus vaste foyer isolé jamais enregistré dans la région.

Depuis plusieurs décennies, la Galice figure parmi les territoires européens les plus exposés aux incendies de forêt. L’étendue des massifs forestiers, le vieillissement de la population rurale ainsi que l’abandon progressif de nombreuses terres agricoles favorisent l’accumulation de végétation combustible et compliquent la prévention.

Une détection automatisée en quelques minutes

Le cœur du nouveau dispositif repose sur l’intelligence artificielle. Les algorithmes analysent en permanence les images transmises par des caméras de surveillance installées sur le territoire ainsi que, dans certains cas, par des satellites en orbite. Les systèmes sont entraînés à reconnaître les premiers indices caractéristiques d’un départ de feu : colonnes de fumée, anomalies thermiques ou variations particulières des couleurs et des mouvements observés dans le paysage.

Lorsqu’un risque est identifié, une alerte est générée automatiquement avant d’être vérifiée par un opérateur. Ce contrôle humain permet de confirmer le départ d’incendie avant l’envoi des équipes d’intervention.

L’objectif est de réduire considérablement le délai entre l’apparition des premières flammes et leur détection. Alors qu’un incendie peut aujourd’hui rester invisible pendant plusieurs heures, notamment dans une vallée isolée ou durant la nuit, les autorités espèrent désormais intervenir en seulement quelques minutes, lorsque le feu est encore limité.

Le président de la Galice, Alfonso Rueda, explique que cette modernisation répond à l’apparition de nouveaux incendies d’une intensité exceptionnelle observés ces dernières années.

Un réseau de 241 caméras intelligentes

La nouvelle technologie est intégrée à Xeocode, la plateforme régionale de gestion des incendies utilisée par les services de secours. Le système repose notamment sur des réseaux neuronaux convolutifs, une technologie d’intelligence artificielle spécialisée dans l’analyse et la reconnaissance d’images.

Au total, 241 caméras de surveillance couvrent les secteurs les plus sensibles de la région. Après deux années d’expérimentation, les autorités indiquent que le système est capable de détecter un départ de feu à une distance supérieure à 15 kilomètres, voire jusqu’à 25 kilomètres lorsque les conditions météorologiques sont favorables.

Une tendance qui s’étend à toute l’Europe

La Galice n’est pas un cas isolé. Plusieurs pays européens investissent désormais dans des technologies similaires afin d’améliorer la lutte contre les incendies de forêt.

Cette évolution intervient alors que 2025 est devenue la saison d’incendies la plus destructrice jamais enregistrée dans l’Union européenne, avec plus de 1 079 000 hectares brûlés dans 25 des 27 États membres.

La Grèce figure parmi les pays les plus avancés dans ce domaine. Elle est devenue la première nation européenne à intégrer une constellation de satellites dédiée à la détection des incendies dans son dispositif national de protection civile.

Quatre nanosatellites développés par l’entreprise allemande OroraTech, membre du Forum économique mondial survolent quotidiennement le territoire grec. Équipés de capteurs thermiques capables d’identifier des foyers d’environ quatre mètres de diamètre, ils transmettent des informations analysées par l’intelligence artificielle concernant la localisation, la taille et l’intensité des incendies. Ces données permettent aux autorités de hiérarchiser les moyens d’intervention lorsque plusieurs feux éclatent simultanément.

Les modèles d’intelligence artificielle sont également entraînés à éliminer les faux positifs, comme la chaleur dégagée par des falaises, des panneaux photovoltaïques ou des bâtiments industriels, afin de limiter les alertes inutiles.

Le Portugal, qui demeure le pays européen ayant enregistré la plus grande superficie cumulée brûlée au cours des vingt dernières années, intègre lui aussi progressivement les données satellitaires à son système national de surveillance. Plus largement, les États du sud de l’Europe adoptent désormais une combinaison de caméras connectées, de satellites et d’intelligence artificielle pour renforcer leur capacité à anticiper les incendies et à réduire leurs conséquences.

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