Alors que le conflit impliquant l’Iran continue de peser sur l’équilibre du Moyen-Orient, les inquiétudes se concentrent désormais sur le détroit de Bab el-Mandeb. Ce passage maritime stratégique, déjà fragilisé par les attaques des rebelles houthis en mer Rouge, pourrait devenir un nouveau foyer de tensions aux conséquences majeures pour le commerce international et la sécurité régionale.
Depuis plusieurs années, le détroit de Bab el-Mandeb s’impose comme l’un des points névralgiques des tensions au Moyen-Orient. Situé entre le Yémen, Djibouti et l’Érythrée, ce corridor maritime relie la mer Rouge au golfe d’Aden avant d’ouvrir sur l’océan Indien. Chaque année, une part importante du commerce mondial, notamment les exportations d’hydrocarbures et le trafic de marchandises reliant l’Asie à l’Europe via le canal de Suez, y transite.
Depuis l’intensification des affrontements entre Israël et l’Iran en 2025 puis les nouvelles tensions observées en 2026, plusieurs responsables militaires et diplomatiques occidentaux redoutent que cette zone stratégique ne devienne un théâtre d’affrontement indirect entre Téhéran et ses adversaires. Si aucun nouveau conflit ouvert n’a éclaté dans le détroit à ce jour, les signaux de crispation se multiplient.
Un détroit stratégique au cœur du commerce mondial
Large d’une trentaine de kilomètres à son point le plus étroit, Bab el-Mandeb constitue l’un des principaux goulets d’étranglement du commerce maritime mondial. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), plusieurs millions de barils de pétrole et de produits raffinés transitent quotidiennement par cette voie maritime.
La moindre perturbation entraîne immédiatement des répercussions économiques. Les armateurs sont alors contraints d’allonger leurs itinéraires en contournant le cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud, augmentant les délais de livraison ainsi que les coûts du transport maritime.
Ces conséquences avaient déjà été observées dès la fin de l’année 2023 lorsque de nombreuses compagnies internationales avaient suspendu leurs passages en mer Rouge face à la multiplication des attaques.
Les Houthis, un acteur incontournable
Le risque pesant sur Bab el-Mandeb est directement lié à la situation au Yémen. Depuis septembre 2014, les rebelles houthis, issus de la minorité zaïdite et soutenus politiquement et militairement par l’Iran selon plusieurs gouvernements occidentaux, contrôlent une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa. En mars 2015, une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite intervient pour soutenir le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale. Cette guerre provoque l’une des plus graves crises humanitaires de la planète.
À partir de novembre 2023, dans le contexte de la guerre entre Israël et le Hamas déclenchée après les attaques du 7 octobre 2023, les Houthis commencent à cibler des navires marchands qu’ils estiment liés à Israël ou à ses alliés. Les frappes de drones, les missiles antinavires et les attaques menées avec des embarcations rapides perturbent fortement la navigation en mer Rouge.
En réponse, les États-Unis et le Royaume-Uni lancent dès janvier 2024 plusieurs frappes contre des infrastructures militaires houthies afin de sécuriser les routes commerciales.
Des tensions alimentées par la confrontation avec l’Iran
L’Iran nie régulièrement diriger les opérations militaires des Houthis, tout en affichant son soutien politique à ce qu’il qualifie d’« axe de la résistance ». Les États-Unis, Israël et plusieurs pays européens estiment toutefois que Téhéran fournit aux rebelles une assistance technologique, des armements ainsi que des capacités de renseignement.
Les échanges de frappes entre Israël et l’Iran, ainsi que les opérations américaines contre certaines installations iraniennes, ont renforcé les inquiétudes d’une extension régionale du conflit. Dans ce contexte, les observateurs redoutent que les Houthis puissent intensifier leurs actions contre la navigation internationale afin d’exercer une pression supplémentaire sur les puissances occidentales et leurs partenaires.
Un enjeu majeur pour l’économie mondiale
Les perturbations dans le détroit de Bab el-Mandeb dépassent largement le cadre régional. Près de 12 % du commerce maritime mondial emprunte habituellement la mer Rouge et le canal de Suez. Une fermeture partielle ou une multiplication des attaques pourrait provoquer une hausse du coût des assurances maritimes, ralentir les chaînes logistiques mondiales et exercer une pression sur les prix de l’énergie.
Les économies européennes figurent parmi les plus exposées à ce risque, une part importante des marchandises en provenance d’Asie transitant habituellement par cette route. Les forces navales américaines, françaises, britanniques ainsi que plusieurs marines européennes poursuivent donc leurs missions de surveillance dans la région afin de garantir la liberté de navigation.
À ce stade, aucun nouveau front officiellement constitué n’a émergé dans le détroit de Bab el-Mandeb. Toutefois, les déclarations des différents protagonistes, la présence militaire accrue des puissances étrangères et la poursuite des activités des Houthis entretiennent un climat d’incertitude.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si cette zone restera un espace de dissuasion militaire ou si elle deviendra l’un des principaux foyers de la confrontation régionale entre l’Iran, ses alliés et les puissances occidentales.
Sources
- Le Monde – Article consacré aux tensions dans le détroit de Bab el-Mandeb (24 juillet 2026).
- Reuters – Dépêches sur les attaques des Houthis en mer Rouge et la sécurité maritime.
- U.S. Energy Information Administration (EIA) – Données sur les flux énergétiques transitant par Bab el-Mandeb.
- International Maritime Organization (IMO) – Informations sur la sécurité de la navigation internationale.