Icônes de réseaux sociaux sur l'écran d'un smartphone

Réseaux sociaux : l’interdiction aux ados patine en Australie

Six mois après être devenue le premier pays à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, l’Australie constate que la mesure reste largement contournée. Le gouvernement d’Anthony Albanese a doublé les sanctions encourues par les plateformes, sans preuve d’un recul durable de l’exposition des adolescents.

En décembre 2025, l’Australie a mis en application le Social Media Minimum Age Act, un texte qui contraint les plateformes à prendre des « mesures raisonnables » pour empêcher l’ouverture de comptes par des mineurs de moins de 16 ans. Le pays devenait alors le premier au monde à imposer une limite d’âge de cette ampleur. Six mois plus tard, selon les éléments rapportés par Courrier international et le quotidien belge La Libre, le résultat apparaît nettement plus nuancé que ne l’espérait Canberra.

Une étude publiée par le British Medical Journal conclut à un effet limité de l’interdiction sur les usages réels des adolescents. La contrainte réglementaire a bien forcé les grandes plateformes à dépasser la simple déclaration d’âge sur l’honneur, mais elle n’a pas démontré, à ce stade, sa capacité à réduire durablement l’exposition des jeunes aux contenus problématiques.

Des adolescents qui contournent le dispositif

Dans les faits, les mineurs concernés ont trouvé de nombreux moyens de rester connectés. Les dispositifs de reconnaissance faciale, censés estimer l’âge des utilisateurs, se sont révélés faillibles. La création de nouveaux comptes, l’emprunt d’identités plus âgées ou la migration vers des services moins surveillés ont permis à une partie des adolescents de continuer à fréquenter les plateformes visées.

Ce constat rejoint les avertissements formulés avant l’adoption de la loi par plusieurs spécialistes de la protection de l’enfance en ligne, qui soulignaient qu’une interdiction générale se heurte vite à l’ingéniosité des usagers et à la porosité des contrôles d’âge.

Canberra durcit les sanctions

Face à ces contournements, le gouvernement australien a choisi de hausser le ton. Fin juin 2026, il a doublé les pénalités maximales encourues par les plateformes en cas de non-conformité, portées à 99 millions de dollars australiens, soit environ 60 millions d’euros. Le Premier ministre Anthony Albanese a estimé que les géants de la technologie n’en faisaient pas assez pour se conformer à la loi.

Cette escalade financière traduit une volonté politique de maintenir la pression sur les grands acteurs du numérique, alors que la mesure est devenue un marqueur du mandat travailliste australien.

Un modèle scruté depuis l’Europe

L’expérience australienne est suivie de près sur le Vieux Continent, où plusieurs gouvernements, dont la France, réfléchissent à des restrictions d’accès pour les plus jeunes. Le cas australien fournit un précédent utile : il prouve qu’un État peut imposer des obligations contraignantes aux plateformes, mais il illustre aussi les limites d’une approche fondée sur la seule interdiction.

L’Australie a fait la démonstration qu’une frontière d’âge pouvait être décrétée et sanctionnée. Elle n’a pas encore prouvé qu’une telle barrière, à elle seule, suffisait à protéger les adolescents. Le vrai test viendra des pays qui, en s’inspirant de Canberra, tenteront de conjuguer régulation, éducation au numérique et responsabilité des plateformes.


Source : Courrier international – https://www.courrierinternational.com/article/courrier-ados-une-blague-en-australie-six-mois-apres-l-interdiction-des-reseaux-sociaux-aux-ados_245256