Mémorial national du 11-Septembre à New York

11-Septembre : la CIA évoquait dès 1998 un avion précipité sur une ville américaine

La CIA a rendu publiques le 11 septembre 2026 plus de 70 notes de renseignement présidentielles consacrées à Al-Qaïda et à Oussama ben Laden. L’agence parle d’« une transparence sans précédent ». Deux documents datés de 1998 mentionnent l’hypothèse d’un avion précipité sur une ville américaine.

La date n’a pas été choisie au hasard. C’est le jour du vingt-cinquième anniversaire des attentats que la CIA a déclassifié ces documents, qui constituent le coeur de ce qui était transmis chaque matin au président des États-Unis sur la menace jihadiste.

L’agence présente l’opération comme apportant « une transparence sans précédent sur le dossier de renseignement le plus sensible d’Amérique, couvrant les années précédant et le jour suivant l’un des moments les plus sombres de notre histoire ».

Elle en décrit aussi le contenu avec une prudence notable. Ces documents « retracent l’histoire de la compréhension fluctuante des analystes de la CIA concernant Al-Qaïda, et ses efforts pour mettre en lumière les projets d’attentats d’Oussama ben Laden, malgré des informations rares, floues et imparfaites ».

Septembre 1998

Deux notes se détachent. La première est datée du 10 septembre 1998, trois ans jour pour jour avant les attentats. Elle alerte sur le fait qu’Al-Qaïda « pourrait faire s’écraser un avion plein d’explosifs sur une ville américaine ».

La seconde, du 4 décembre 1998, indique qu’Oussama ben Laden « et ses alliés se préparent pour des attentats aux États-Unis, y compris le détournement d’un avion ».

Ces formulations ne constituent pas une prédiction du 11 septembre 2001. Elles décrivent des modes opératoires envisagés parmi d’autres, sans date, sans cible et sans dispositif identifié. C’est exactement ce que la CIA désigne quand elle évoque des informations « rares, floues et imparfaites ». La difficulté du renseignement ne tient pas à l’absence de signal, elle tient au bruit qui l’entoure.

Ce que la déclassification ne dit pas

Le 11 septembre 2001, quatre attentats-suicides coordonnés ont été perpétrés par dix-neuf membres d’Al-Qaïda. Près de trois mille personnes ont été tuées. Ce bilan est établi depuis un quart de siècle, et ces documents ne le modifient pas.

Ce qu’ils apportent relève de l’histoire du renseignement plus que de celle de l’événement : ils permettent de reconstituer la façon dont une administration comprend, corrige et parfois perd de vue une menace sur plusieurs années. Cette matière première était jusqu’ici réservée aux commissions d’enquête.

Le geste s’inscrit dans une séquence plus large d’ouverture d’archives américaines sensibles, engagée sur plusieurs dossiers depuis le début de la décennie. Il faudra le travail des historiens, et non celui des communicants, pour dire ce que ces soixante-dix notes changent réellement.

Les archives ne réécrivent pas l’histoire, elles la rendent vérifiable. Ces notes déclassifiées ne livrent pas un secret gardé, mais quelque chose de plus inconfortable : le détail de ce qu’un État pouvait savoir sans être en mesure d’en tirer une conclusion. C’est aux chercheurs, désormais, d’en faire quelque chose.


Source : Le HuffPost avec AFP – https://www.huffingtonpost.fr/international/article/la-cia-declassifie-des-notes-sur-le-11-septembre-avec-une-transparence-sans-precedent_322940.html